LES RÉSERVISTES REVIENNENT À LA BASE LORS DU GPE 1

BFC Valcartier, Qc. – La fin de semaine du 28 au 30 septembre 2018 a vu se déployer la totalité des réservistes du Groupe-Brigade Montréal (GBM) et du Groupe-Brigade de Québec (GBQ), lors d’un premier exercice du Groupe Principal d’Entrainement (GPE).  L’exercice, conjoint à cette occasion entre les deux brigades, visait à revenir à la base des fondements mêmes des doctrines de la guerre moderne des différents corps de métier des armes de combat.

« La guerre moderne actuelle, dite de quatrième génération, se définie par une zone de conflit où les sphères militaires, politiques, sociales, économiques, informationnelles et infrastructurelles sont profondément interreliées dans des environnements opérationnels extrêmement complexes. La guerre du 21e siècle se caractérise par la présence, et ce à tous les niveaux du spectre des opérations, de forces armées étatiques et non-étatiques, de terrorisme, de l’omniprésence des médias, de l’utilisation importante des opérations psychologiques et des opérations d’informations par tous les acteurs au niveau tactique, opérationnel et stratégique et d’une proportion importante de non-combattants présents dans les zones de conflits.  Et bien lors du GPE 1, on n’a absolument rien vu de tout cela », explique la colonel Nancy Wright, commandante du GBM, avant que son homologue commandant du GBQ, le colonel Bruno Dumont, ajoute: « C’est quand même la réserve. On leur fait même pas confiance de ne pas brûler leurs propres tentes avec un poêle ou un fanal.  Ha ha ha! ».

En effet, comme le concept de l’exercice d’une fin de semaine était un retour aux bases, les commandants ont dû revisiter des manuels de doctrines écrits il y a plus de 100 ans.  « J’ai ici le manuel de doctrine de l’infanterie britannique datant de 1912. Il est un peu poussiéreux, mais c’est vraiment intéressant pis les dessins sont drôles. Ha ha! », explique le colonel Dumont avant de poursuivre: « J’ai aussi pu mettre la main sur la doctrine de la cavalerie de 1909 et celle sur les blindés… pas mal plus récente celle-là, datant de 1916. On a laissé faire la cavalerie pour l’exercice par contre, les gars de Trois-Rivières l’auraient pas trouvé drôle je pense. Ha ha ha! ».

VENDREDI SOIR

Le vendredi soir, en débarquant des autobus jaunes, les jeunes réservistes ont aussitôt été emmenés dans un réseau complexe de tranchées où ils sont allés rejoindre leurs positions pour la fin de semaine. La pluie, le froid et la boue étaient au rendez-vous, donnant un environnement propice à ce type d’entraînement. « Quand on est arrivés, ils avaient monté tout un setup… Ça ressemblait à cet horrible film de guerre, là… Passchendaele… maudit que ce film-là était poche! », nous a fait savoir le caporal Maxime Benoît du 4e bataillon du 22e Régiment d’Infanterie avant d’être amené, avec son peloton, dans une longue tranchée rappelant les champs de bataille oubliés de la Grande Guerre.  Devant lui, le No Man’s Land. Et a à peine 150 mètres devant, les tranchées des régiments du GBQ, leurs ennemis pour la fin de semaine: « Vous dites pour la fin de semaine mais, on ne les aime vraiment pas les gars de la Brigade de Québec… », s’est permis d’ajouter le jeune Lavallois, avant de préciser que la poutine chez Ashton est « même pas si bonne », qu’elle est « chère pour rien » et que « photo ça se prononce phôto, pas pheto ».

Du côté des tranchées du GBQ, les sentiments à l’égard de leurs adversaires n’étaient guère plus amicaux: « Montréal c’est laid pis ça pue.  Pis y’a du trafic. Pis les gars ont l’air con avec leurs pompons rouges pour vrai.  PIS ÇA SE DIT PHETO!! », s’est écrié tout énervé,  le soldat Julien Quévillon, avant de trébucher et de s’engouffrer jusqu’à mi-cuisses dans un trou de boue béant. « Arghhh! Je savais que j’aurais dû amener mes Neos… », a conclu le soldat, grimaçant.

Medics GPE 1

SAMEDI

Le samedi a été pluvieux, froid et misérable pour les réservistes, entassés par milliers dans des dizaines de kilomètres de tranchées, tout comme leurs arrière-arrière-grands-pères avant eux. « J’avais emmené mes lectures du CÉGEP en pensant que j’aurais le temps d’étudier… Je fais toujours la même erreur.  C’est impossible étudier dans un GPE.  Pis là on a des cas de pieds de tranchées  à n’en pu finir ici », a commenté la caporale Cynthia Aubry du 31e Régiment Médical de Campagne.  Les soldats ont aussi eu la distribution des rations, des fumigènes et des balles à blanc: « Comment ça trois mags et demi pour la fin de semaine??? », s’est écrié le caporal Frédérick Taillon du Régiment du Bas-du-Fleuve, avant d’ajouter: « Pffff…  Aussi ben ne pas tirer de la fin de semaine comme ça j’aurai pas à torcher mon gun dimanche! ».

Pendant la journée de samedi, les soldats ont principalement attendu longuement dans leurs tranchées.  Vers 17 heures, les troupes des régiments du GBQ ont franchi le parapet aux coups des sifflets de leurs officiers, avançant sous le feu nourri (à blanc) de leurs ennemis montréalais avant de se replier dans leurs tranchées.  Aussitôt, les régiments du GBM ont lancé une contre-attaque qui s’avéra tout aussi infructueuse.  Ils avaient l’avantage jusqu’à ce que les troupes, manquant de munitions, se sont mises à imiter des bruits d’armes à feu comme s’ils étaient dans un mixtape, les obligeant, eux aussi, à se replier et à reprendre leurs positions.  Essoufflés et en sueur, ils se sont rapidement mis à grelotter avant de s’asseoir dans le fond de leurs tranchées pour se préparer à ce qui allait s’avérer être une longue nuit blanche à attendre dans le froid et le regret. « Les GPE représentent bien la guerre: de longs moments d’attente entrecoupés de brefs moments d’horreur », nous a fait savoir la colonel Wright, souriante.

DIMANCHE

Boc LunchesLe dimanche, l’armistice (le ENDEX) fut signé à 11h. Les sifflements des obusiers étaient déjà choses du passé: « On n’a même pas eu d’ammo sur l’exercice anyways… », a précisé le sergent Ali Alaoui du Montreal Field Artillery Regiment, avant de continuer à essayer de déprendre un 105 de la boue avec le reste de ses hommes et quelques chevaux.  Les hommes ont pu enfin sortir des tranchées pour s’aligner silencieusement, afin de recevoir leurs box-lunches avant d’entrer dans les autobus jaunes. « Le premier qui s’endort, on met de la moutarde dans sa bouche, d’habitude », nous a dit le plus sérieusement du monde, le caporal-chef Jean-François Patenaude du Régiment du Plateau-Mont-Royal.

Le GPE 1 s’est terminé comme il a commencé: notre jeunesse innocente envoyée au front dans des autobus jaunes était de retour dans ces mêmes autobus, juste à temps pour aller à l’école le lundi matin. Ou plutôt, ne pas aller à l’école et dormir jusqu’à 14h.

 

– Article par le caporal-chef Philippe Doucette pour Le Bleu et Or.

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